Il y a des voyages que l’on réserve pour découvrir un pays. Et puis il y a ceux que l’on fait pour se découvrir soi-même. Depuis des années, j’avais un rêve un peu fou : voir le Sahara. Dormir dans le désert, contempler ces immensités de sable, observer un ciel rempli d’étoiles loin de toute pollution lumineuse… Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi, mais le désert m’a toujours fascinée. Il représentait quelque chose de presque mystique à mes yeux. Au même moment, je ressentais un besoin profond de me reconnecter à moi-même. Cela faisait déjà plusieurs mois que je regardais différentes retraites, sans jamais trouver celle qui me correspondait vraiment. J’avais envie d’une expérience qui mêle développement personnel, dépassement de soi, nature et spiritualité, sans tomber dans quelque chose qui ne me ressemble pas. Et puis un jour, ma thérapeute, Lynda Pausé, a annoncé qu’elle coorganisait une retraite dans le désert marocain avec Cécile Chardon, coach et professeure de yoga. Je n’ai pas beaucoup réfléchi. L’aventure était lancée.
J’étais impatiente… mais aussi un peu inquiète. J’avais besoin de ralentir, de faire une vraie coupure et de vivre quelque chose d’exceptionnel. En revanche, j’avais aussi très peur d’être constamment sollicitée par le groupe. J’avais besoin de silence, de moments seule, de pouvoir me retrouver dans ma bulle sans culpabiliser. Finalement, je crois que ce voyage est arrivé exactement au bon moment.
Pourquoi j’ai ressenti le besoin de partir
Quand je regarde en arrière, je me rends compte que cette retraite n’est pas arrivée par hasard. Depuis plusieurs années maintenant, je travaille énormément sur moi. J’ai essayé différentes approches, rencontré plusieurs thérapeutes, parfois eu l’impression d’avancer, parfois de revenir en arrière. J’ai connu des échecs, des remises en question, des périodes où je pensais avoir trouvé les réponses… avant de comprendre qu’il y avait encore du chemin. Petit à petit, je me suis délestée de beaucoup de choses qui ne m’appartenaient plus. Des croyances, des peurs, des blessures aussi.
Mais j’avais envie d’aller plus loin.
Pour une fois, j’avais envie de faire quelque chose uniquement pour moi. Pas pour le travail. Pas pour les réseaux sociaux. Pas pour faire plaisir à quelqu’un. Juste pour moi.
Et puis il y avait ce rêve : dormir dans le désert. J’avais imaginé cette nuit des centaines de fois sans vraiment penser qu’elle deviendrait réalité un jour. Aujourd’hui encore, lorsque je repense à ces nuits passées à la belle étoile, j’ai le sourire.
La vie dans le désert : ralentir naturellement
Avant d’arriver dans le désert, nous avons passé une première journée libre à Marrakech. Avec une amie qui s’est greffée au voyage lorsqu’elle a appris que je partais, nous sommes allées visiter les magnifiques Jardins Majorelle. Une parenthèse hors du temps avant le grand départ. Puis est venue cette longue journée de route. Sept à huit heures de trajet pour rejoindre les portes du Sahara, dans le désert d’Erg Chegaga.






Étonnamment, je n’ai pas vu passer le temps. Traverser une grande partie du Maroc, observer les paysages changer au fil des kilomètres, découvrir les villages, les montagnes puis progressivement l’immensité désertique… tout cela m’a profondément marquée. Et puis il y avait les émotions. Je crois que j’ai passé une bonne partie du trajet à pleurer discrètement derrière mes lunettes de soleil. Pas de tristesse. Plutôt la sensation que quelque chose était en train de changer à l’intérieur de moi.
Je savais déjà qu’en rentrant, certaines choses ne seraient plus comme avant. Que j’aurais encore plus envie de poser mes limites, de me respecter, de dire non quand c’était nécessaire. Et finalement, c’est une sacrée étape.


Les premiers instants dans le désert ont été un peu plus compliqués. La première nuit, entre le froid, la fatigue du voyage, l’appréhension et une belle crise d’angoisse, je n’ai quasiment pas dormi. Mais paradoxalement, le lendemain matin restera l’un des plus beaux souvenirs de ce voyage. À six heures du matin, malgré une nuit blanche, nous étions déjà installées sur nos tapis de yoga face au lever du soleil. Je n’ai pas les mots pour décrire ce moment. Le silence. La lumière. Le désert.
Tout semblait parfaitement aligné.
Le reste des journées était d’une simplicité presque déconcertante. Nous marchions plusieurs heures, nous mangions tous ensemble, nous prenions le temps de discuter, de rire, de contempler. Les repas étaient d’ailleurs incroyables. Je n’arrive toujours pas à croire qu’il soit possible de manger aussi bien au milieu du désert, aussi loin de tout. Côté randonnée, je suis plutôt fière de moi. Les premières heures ont pourtant été stressantes lorsque j’ai réalisé que ma Ventoline était partie avec la caravane de dromadaires. Moi qui suis asthmatique, j’ai immédiatement paniqué. Heureusement, plusieurs personnes du groupe en avaient une avec elles, ce qui m’a immédiatement rassurée. À partir de ce moment-là, plus rien ne pouvait m’arrêter. Et certainement pas mon amie qui avançait elle aussi avec une énergie incroyable !
Autre bonheur totalement inattendu : être beaucoup moins connectée. Pour quelqu’un comme moi qui travaille énormément sur les réseaux sociaux, quel luxe. Bien sûr, je restais joignable pour mes clients si besoin. Mon travail était anticipé et c’était l’essentiel. Mais pour le reste… Quel bonheur de ne plus regarder son téléphone toutes les cinq minutes.
Très rapidement, je ne savais plus quel jour nous étions. Ni même l’heure. Et finalement, quelle importance ? Je me suis laissée porter par le rythme du désert, celui des nomades, celui du groupe. Les soirées autour du feu resteront probablement parmi mes plus beaux souvenirs. Je préfère garder une partie de ces instants pour moi tant ils sont précieux, mais rien que d’y penser aujourd’hui, j’ai encore les larmes aux yeux.
Et puis ce genre de voyage offre aussi de magnifiques rencontres. Bien sûr, il y a toujours des personnes avec lesquelles le courant passe moins. Mais finalement, cela devient secondaire. Chacun vient chercher quelque chose de différent dans ce type de retraite. Et c’est très bien ainsi.


Le yoga : ma relation compliquée devenue apaisée
Ce n’est pas la première fois que je vous en parle. Pendant très longtemps, le yoga était tout simplement impossible pour moi. Pas parce que je n’en avais pas envie. Mais parce qu’il y avait beaucoup trop de colère en moi. Beaucoup trop d’agitation intérieure. Impossible de rester immobile. Impossible de respirer calmement. Impossible d’écouter mon corps.
J’ai commencé à réellement apprécier le yoga il y a peu, grâce à une professeure avec laquelle le feeling est immédiatement passé et dans un lieu où je me suis sentie profondément apaisée. Alors partir faire du yoga dans le désert avec une professeure que je ne connaissais pas représentait un petit saut dans l’inconnu. Je me suis simplement dit que j’allais me laisser porter. Et j’ai bien fait. Les séances du matin étaient absolument magiques. Pratiquer au lever du soleil, dans le silence du désert, restera probablement l’un des plus beaux moments de cette retraite. Les séances du soir ont parfois été plus difficiles. Après plusieurs heures de marche dans le sable, mon corps était fatigué.
La randonnée méditative qui m’a bouleversée
S’il y a une activité que je n’oublierai jamais, c’est celle-ci. Nous sommes partis marcher en silence. Pas de discussions. Pas de musique. Pas de téléphone. Juste nous. Nos pas. Le vent. Et le désert.
Au début, mon cerveau faisait ce qu’il fait toujours : il pensait à mille choses à la fois. Puis, petit à petit, quelque chose s’est produit. Les pensées se sont espacées. Le mental s’est calmé. Je me suis mise à chantonner doucement, comme je le fais parfois lorsque je me promène seule en forêt et que mon corps se détend enfin. Je crois que c’est la première fois où j’ai réellement réussi à rester dans le moment présent pendant aussi longtemps. Ne penser à rien. Simplement être là. Marcher. Respirer. Regarder. Cela peut sembler banal.
Pour moi, c’était immense.
Et le plus drôle, c’est que cette évolution continue encore aujourd’hui. Mon entourage me demande parfois si tout va bien parce que je suis plus silencieuse qu’avant. La réponse est toujours la même : « Oui. Je profite simplement du moment présent. »



Ce que cette retraite m’a appris
Cette retraite ne m’a pas transformée du jour au lendemain. Mais elle a confirmé beaucoup de choses que je ressentais déjà. J’ai appris que je pouvais ralentir sans culpabiliser. Que le vide n’était pas forcément quelque chose à combler. Que je n’avais pas besoin de tout contrôler. Que mon corps savait souvent avant ma tête ce dont j’avais besoin. J’ai aussi découvert ce que signifiait vraiment vivre en communauté pendant plusieurs jours. Accepter les autres tels qu’ils sont. Accepter que chacun avance à son rythme.Que tout le monde ne vive pas la même expérience (et ça n’a pas été évident pour moi au début haha). Et c’est très beau aussi.



Est-ce que je repartirais ?
Sans aucune hésitation. Pas forcément au même endroit, même si je sais que je retournerai un jour dans le désert. Les nuits à la belle étoile, les soirées à danser avec les nomades autour du feu… tout cela restera gravé en moi. Mais aujourd’hui, j’ai surtout envie d’aller encore plus loin. D’explorer davantage le côté spirituel. De vivre d’autres expériences, différentes, qui continueront à me faire grandir. Je ne sais pas encore où elles me mèneront.
Mais une chose est certaine : je suis revenue plus calme, plus alignée, avec un autre rapport au temps… et surtout avec la certitude que parfois, il suffit de s’éloigner du bruit du monde pour enfin entendre ce qui se passe à l’intérieur de soi.


Crédit photo : Studio Sages comme des Images